28 janv. 2013

Colorature ou la légende Jenkins


Créée en 2005 à Broadway, sous le titre « Souvenir », la pièce  « Colorature, Mrs Jenkins et son Pianiste » de Stephen Temperley a été consacrée « Coup de cœur » au Festival d’Avignon Off 2012. Et on comprend pourquoi ! Le texte français de Stéphane Laporte, est truffé de répliques aussi drôles que subtiles et la mise en scène d’Agnès Boury est joliment inventive.  Quant aux deux protagonistes Agnès Bove et Grégori Baquet, ils sont tout simplement excellents. La première incarne avec un naturel déconcertant,  la cantatrice Florence Foster Jenkins qui ,grâce à la fortune hérité de son père, s’offrit une carrière de soprano dans les années 30,  en organisant des récitals au bénéfice de la haute société de l’époque. Bénéfice n’étant pas à prendre au pied de la lettre puisque cette diva aux tenues extravagantes assassinait joyeusement les grands airs lyriques. Le succès de son improbable concert au Carnegie Hall est entré dans la légende. Comme celle qui veut que son personnage ait inspiré la fameuse Castafiore d’Hergé. On comprend que le pianiste campé par Grégori Baquet se soit fait tirer l’oreille pour l’accompagner ! Alors que tout les sépare, on perçoit en filigrane la complicité qui s'installe entre eux au fil des années. Difficile d’imaginer la difficulté de chanter faux de bout en bout quand on sait qu’Agnès Bove a tout de même fait ses gammes au Centre de Formation Lyrique de l’Opéra National de Paris !
La performance des deux acteurs vaut, à coup sûr, un détour par le très joli théâtre du Ranelagh…
Annie Grandjanin

Jusqu’au 31 mars, à 21h. Théâtre du Ranelagh, 5, rue des Vignes 75016 Paris. Tél. : 01.42.88.64.44. 
Site du Théâtre Ranelagh

24 janv. 2013

Qu'est-ce qui fait courir Michel Jonasz ?


On l’aime comme un copain d’enfance avec qui on aurait joué aux billes en bas de son logement HLM. à Drancy. On l’a suivi au Golf-Drouot, dans sa « Boîte de jazz », rêvé d’être sa super nana, partagé sa peine en se repassant en boucle « Dites-moi » ou « Je voulais te dire que je t’attends ». On l'a écouté nous raconter la fabuleuse histoire de Mister Swing. Avec lui, on a même cherché où pouvaient bien aller les nuages…  

(c) Stéphanie Vivier
Bien sûr, le phrasé est moins net mais le timbre est toujours aussi prenant. Et les années n'ont pas émoussé ses facéties de gamin qui s'amuse du temps qui passe. Car chez Jonasz, la nostalgie n'est jamais larmoyante. Pour preuve, ses récents concerts au Casino de Paris qui clôturaient sa tournée autour de l’album « Les hommes sont toujours des enfants ». Subtilement éclairé, accompagné de deux choristes et de trois excellents musiciens : Guillaume Poncelet (claviers et trompette), Stéphane Edouard (percussions) et Jim Grandcamp (guitare), il s'est lancé dans des chorégraphies énergiques sur des notes de salsa, de rock, de jazz,…a repris "Hoochie Coochie Man"de Muddy Watters, chanté "Les Fourmis rouges" avec son public et enchaîné des anecdotes tendres et délirantes comme son imitation du Général de Gaulle déclamant « Viens poupée, viens danser le twist ». Au final, entouré par le groupe vocal Tale of Voices, il a ressuscité « Du blues, du blues, du blues »...
L'année 2013 s'annonce chargée pour Michel Jonasz puisque le DVD de la tournée devrait sortir au printemps et qu'il promet pour novembre une série de concerts piano-voix avec son complice Jean-Yves d’Angelo. Il est également à l’affiche de « Rue Mandar » avec Sandrine Kiberlain et Richard Berry. Le film d’Idit Cebula, sorti le 23 janvier dernier.
Annie Grandjanin

23 janv. 2013

Le charme acidulé des Divalala

(c.)My Marin
Elles ont baptisé leur récital "Chansons d'amour traficotées" et, le moins qu'on puisse dire, c'est que ces demoiselles maîtrisent joliment l'art de redessiner une carte du tendre à la fois drôle et décalée. Puisant dans un répertoire qui mêle gentilles bluettes comme "Premiers baisers", "L'amour à la plage", "Demain tu te maries"... et des morceaux plus "consistants" tels que "Ma plus belle histoire d'amour" de Barbara ou "Que serais-je sans toi" de Ferrat, le trio embarque le public dans un flot de sentiments amoureux. Depuis les premiers émois jusqu'à l'inévitable rupture, en passant par l'attente, l'épanouissement, la trahison... Car, comme le chantait les Rita Mitsouko: "les histoires d'amour finissent mal, en général !"...
Mais, avec les Divalala, tout est prétexte à s'amuser. On salue pourtant quelques moments plus sérieux comme leur interprétation combinée de "J'attendrai", "Pour ne pas vivre seul" et "Je suis malade" qui relève incontestablement de la performance vocale. A cappella ou presque, puisqu'elles détournent parfois des objets du quotidien pour s'accompagner, ces chanteuses aux allures de divas nous font passer par toute une gamme d'émotions, sans complexes, avec une légèreté qui nous transporte.
Annie Grandjanin

Prolongations jusqu'au 14 mai, les lundis et mardis à 20h, à l'Essaïon, 6, rue Pierre au Lard 75004 Paris. Tél.: 01.42.78.46.42. 

20 janv. 2013

Les délires musicaux d'Alain Bernard

Dans les années 80, il avait notamment fait les beaux soirs du Tintamarre avec "Phèdre à repasser" et "Le cave habite au rez-de-chaussée" puis accompagné Smaïn au piano. Cette fois, avec "Piano Rigoletto", l'humoriste et musicien Alain Bernard endosse le costume d'un professeur pour un cours très particulier (mis en scène par Pascal Légitimus) sur l'histoire de la musique, de la préhistoire à nos jours.
 En 1h15, jonglant avec virtuosité entre piano et casio, (avec boîte à rythmes intégrée), ce trublion se fend d'un cours magistral sur la chanson de geste, Chopin, Bob Marley, les artistes Rive Gauche, les castrats, les affres du musicien de piano-bar ou de l'animateur de baloche, les génériques de pubs et de séries télé...Entre deux citations de Nicoletta et même de Nietzsche, Alain Bernard enchaîne, sans temps morts, caricatures et délires devant un auditoire conquis par cette approche pas franchement académique de l'histoire de la musique. Un spectacle hilarant qui se termine par une jolie note de tendresse lorsqu'il interprète "La valise", une chanson composée par son papa, pour Bourvil.
Annie Grandjanin

Théâtre des Déchargeurs, salle Vicky Messica, 3, rue des Déchargeurs 75001 Paris. Tél.:01.42.36.00.50. Du mardi au sam. à 21h30, jusqu'au 31 janvier. Prolongations du 6 au 23 mars, du mar. au sam. à 19h30.  

Fantasque et talentueuse Chloé Lacan

Remarquée au festival « Alors Chante » à Montauban, aux « Muzik’Elles » de Meaux et récemment au Théâtre de la Pépinière, Chloé Lacan est loin d’être une débutante. Son registre est en effet aussi étendu que le soufflet de son accordéon ! Comédienne au sein de diverses compagnies théâtrales, elle intègre ensuite le fameux quintet « Crevette d’Acier » puis le groupe des « Femmes à Bretelles ». Au passage, elle planche  sur la mise en scène et la composition des « Contes Musicaux » de Frédéric Naud…
 Sur scène, elle déboule l’accordéon en bandoulière, vêtue d’une petite robe noire et de bottes façon cow-girl. Et flingue avec un humour dévastateur tout ce qui bride l’épanouissement des filles de sa génération : la culpabilité du célibat, du manque d’enfant, les publicités vivantes pour le botox...Volubile et frondeuse, dotée d’un timbre impressionnant et d'un sacré sens de l'auto-dérision,  elle se console en vantant, la mine gourmande, les « Plaisirs Solitaires », les bienfaits de la paresse,  tout en offrant des relectures déjantées d’« I will survive » et du « Fais-moi mal Johnny » de Boris Vian. Sans oublier une berceuse à ne pas fredonner au-dessus de tous les berceaux car, avec elle, Blanche-Neige picole et les princes charmants ne rêvent pas de jeunes filles en fleurs mais plutôt de garçons ! Entre jazz, lyrique, variété et mélopées tziganes, l'émouvante et extravagante Chloé Lacan est une artiste avec laquelle il faut désormais compter.
Annie Grandjanin

En tournée dans toute la France. En février: Centre Culturel Le Sémaphore de Tréberden (le 2), Espace Daniel Sorano de Vincennes,(le 8), à la Vallette du Var(le 9), MJC de la Celle Saint-Cloud (le23)...

18 janv. 2013

La belle complicité de Noga et Patrick Bebey


Le duo est aussi envoûtant qu’inattendu ! Envoûtant parce que l’osmose entre Noga et Patrick Bebey est évidente, palpable. Et inattendu car leurs parcours respectifs les avaient menés jusqu’ici sur des rives assez éloignées. Jonglant avec les genres, les deux artistes se sont reconnus dans ce projet musical baptisé « Chanson Puzzle » où chacun s’invite sur le territoire de l’autre. Le propos ? Construire un tour de chant où les morceaux s’emboîtent pour offrir un spectacle à leur image : jazzy dans la forme, métissée sur le fond, le tout cimenté par de profonds accents humanistes.

(photo Fabienne Muller)
 Bien sûr, comme dans un puzzle, certaines pièces comme « La guerre des poils » ou l’ode aux vaches trouvent facilement leur place. D’autres plus complexes, aux arêtes plus aiguës, telles que « Briseur de joie » ou encore le lyrique « Stabat Mater » viennent contrebalancer une apparente légèreté.
Porté par la fougueuse Noga, pieds nus, en prise directe avec la scène,  et relayé par le sobre mais non moins talentueux Patrick Bebey, l’ensemble groove et swingue dans un esprit de  totale liberté et rend au passage un bel hommage à Francis Bebey et Birago Diop. Et, comme tout spectacle qui joue la carte du partage avec le public, ce « Chanson puzzle » prend évidemment une dimension supplémentaire lorsque les spectateurs se prêtent au jeu !
Annie Grandjanin

ACP La Manufacture de la Chanson,124, avenue de la République 75011 Paris. Tél.: 01.43.58.19.94. Les 1 et 2 février, à 20h30. Et à Lyon, le 21 mars "A Thou Bout D'Chant".