16 févr. 2018

Elise LeGrow: "Betty Wright a été ma bonne fée sur Playing Chess"

Avec son look un peu rétro, sa coupe à la Louise Brooks (la star du cinéma muet des années 20 aux États-Unis), son timbre envoûtant et son répertoire tiré du catalogue "Chess Records", le fameux label de Chicago, Elise LeGrow est l'une des révélations de ce début d'année.
Son nom vous est encore inconnu ? Nul doute qu'à l'écoute de son premier album "Playing Chess", produit par Steve Greenberg (Joss Stone, Jonas Brothers, Tom Jones...), qui sort officiellement aujourd'hui, vous tomberez, comme nous, sous le charme de cette canadienne de Toronto.
Rencontre, quelques heures après son premier concert parisien, au Café de la Danse, lundi dernier.

Votre nom a des origines françaises ?
Oui. Du côté de ma mère. Nous avons une théorie, qui n'a jamais été prouvée, que le nom d'origine devait être Legros. Dans ma famille, tout le monde a une taille impressionnante. Je suis la plus petite !
Reprendre des titres de Chuck Berry, Etta James ou Bo Diddley, c'est assez ambitieux pour un premier album, non ?
Je dirais même que c'est audacieux ! Je chante les chansons des autres depuis que je suis toute petite. Je n'ai jamais eu peur de me lancer !
Comme à l'époque où vous étiez dans un groupe de rock ?
En fait, j'étais tombée amoureuse du guitariste ! On sait comment se termine ce genre d'histoire... Mais le temps que ça a duré, c'était très sympa. Et la relation et le groupe.
Dans "Playing Chess", votre relecture est à la fois respectueuse et très personnelle ?
En fait, lorsqu'il s'agissait de chansons emblématiques comme "Rescue Me" ou "You Never Can Tell", j'ai voulu apporter quelque chose de différent. Pour celles qui étaient peut-être moins connues comme la reprise d'Etta James ("Can't shake it"), je me suis sentie plus libre de rester proche de la version originale. Je me suis volontairement éloignée de l'histoire de certains titres et de leurs interprètes car je me suis rendue compte que lorsqu'on est confronté au destin tragique de certains artistes comme Amy Winehouse ou Whitney Houston, cela peut influencer l'appréciation de la musique.
Il paraît que vous ne connaissiez pas davantage le label des frères Chess, alors que votre grand-père était musicien à Chicago ?
Mon grand-père était en effet batteur de jazz à Chicago, mon père est né dans la banlieue de cette ville. Et j'ai toujours aimé Chuck Berry et Etta James. Mais j'ignorais leur lien avec ce label et son histoire.
Quels ont été vos critères pour choisir des titres dans le vaste catalogue de Chess Records ?
Le premier était la mélodie car si je dois interpréter souvent une chanson, il est primordial que j'y prenne du plaisir. Ensuite, le texte devait résonner en moi, me donner envie de raconter une histoire.
Comment s'est passée la collaboration avec Betty Wright ?
Elle était ma bonne fée sur l'album. Son implication a été incroyable. C'est une véritable légende de la soul. Je rêverais d'une telle carrière ! Elle m'a aidée dans les petits détails mais également dans une approche plus métaphysique de la musique.  Elle avait notamment remarqué que lorsque je chantais, j'avais parfois le petit cheveu sur la langue d'Elmer Fudd, l'un des personnages de Bugs Bunny !
Elle était aussi à mes côtés pour défendre mon point de vue face à Steve et Mike (Mangini).
Votre look est un brin rétro, les chansons que vous défendez datent des années 50/60, le son de l'album est volontiers "old school". Vous êtes nostalgique d'une certaine époque ?
Le son old school est la conséquence de ma vision. Je voulais capturer l'ambiance d'une performance live avec une femme qui chantait. Cela a donné cette touche, même si ce n'était pas une volonté affichée à la base. Mais c'est vrai que tout ce que j'aime dans la mode, les arts, la musique... vient plutôt du passé.
Après ce premier concert parisien, vous comptez revenir bientôt ?
Je serais déçue et triste si ce n'était pas le cas !

Album "Playing Chess" (label S-Curve)


Juliette "J'aime pas la chanson"

En 2002, elle avait sorti un album intitulé "Le festin de Juliette". De fait, chacune de ses productions se déguste avec délectation, tant les morceaux proposés (que d'aucuns appelleront track-list) rivalisent de saveurs inédites, de rimes riches, onctueuses, relevées parfois d'une pointe d'acidité. Avec " J'aime pas la chanson", l'artiste dresse pour nous une nouvelle table, dont la carte devrait satisfaire les palais (et les oreilles) les plus exigeants.
Un titre à ne pas prendre évidemment au pied de la lettre car, depuis sa "première cassette" (une rareté, incluse dans le coffret sorti en octobre 2016), Juliette n'a rien fait d'autre que défendre sa passion pour les ritournelles bien troussées.
 A l'occasion, elle remet même au goût du jour des refrains oubliés comme "C'est ça, l'rugby !", une ode au ballon ovale popularisée par les Frères Jacques.
Après une mise en appétit vantant les mérites de la "Procrastination", elle nous invite à suivre "La météo marine"et le vague à l'âme qui la cabosse, à nous pencher sur le mystérieux attrait des "Bijoux de famille", à prendre un chemin buissonnier par la rue des Écoles dans "Une adresse à Paris", salue le courage qu'il faut pour prendre un "Aller sans retour".
A peine remis de l'émotion suscitée par les chansons consacrées aux exilés ou à l'indifférence ("Midi à ma porte"), la chanteuse nous embarque dans les interminables congratulations des primés de la grande famille du cinéma ("Je remercie").
Un opus qui se termine par un joli clin d'oeil à un instrument ("Dans mon piano droit") qu'elle maîtrise avec la même virtuosité que les chansons dont elle a signé la plupart des textes et des musiques.
Tandis qu'elle nous régale d'un réjouissant  "A carreaux !", il faut bien l'avouer: on aime sans réserve "cette "ronde du cul, frisée du tif ... et ses lunettes sur le nez".

Album "J'aime pas la chanson" (Polydor/Universal), disponible depuis le 9 février.





Nouvelles soirées jazz aux Deux Magots

Fréquenté par Rimbaud, Mallarmé, Verlaine, Louis Aragon, Picasso, Prévert, Hemingway, Elsa Triolet, Simone de Beauvoir... le lieu a confirmé sa réputation de place forte de la littérature avec la création, en 1933, du fameux Prix des Deux Magots.
Très prisé également par le monde du 7ème Art, il a notamment servi de décor pour des scènes de films comme "Les aventures de Rabbi Jacob" de Gérard Oury, "La maman et la putain" de Jean Eustache ou encore "Intouchables" d'Olivier Nakache et Éric Toledano. Le réalisateur américain J.J Abrams aurait même confié qu'il était allé chercher l'inspiration aux Deux Magots pour le 7ème épisode de "Star Wars" !
C'est dire si l'histoire de ce café, l'un des plus anciens de Paris, est lié à la foisonnante vie culturelle du quartier. Catherine Mathivat (actuelle directrice) a choisi de renouer avec l'esprit jazz de Saint-Germain-des-Prés en invitant, chaque jeudi, à partir de 19h30, des artistes et groupes à découvrir autour d'un verre ou d'un dîner. Une programmation pointue orchestrée par le batteur Lionel Boccara.
Prochains rendez-vous: Leslie Lewis, Sylvain Bellegarde, Jean-Philippe Bordier, Heather Stewart, Christian Brun, Mélanie Dahan, Sandro Zerafa, Lexie Kendrick, Menia Tobiana, Mika Gimenez...
De quoi faire mentir ceux qui affirment encore qu'il n'y a plus d'après à Saint-Germain-des-Prés...

6, Place Saint-Germain-des-Prés, 75006 Paris. Tél. 01.45.48.73.57.
http://www.lesdeuxmagots.fr/

12 févr. 2018

Ben l'Oncle Soul groove sur les succès de Sinatra

(c) Quentin Curtat
Après un concert sold out au Trianon en avril dernier, Ben l'Oncle Soul était salle Pleyel, vendredi soir, pour présenter les titres de l'album "Under My Skin" en hommage à Frank Sinatra (voir interview sur ce blog le 4 novembre 2016).
Toujours audacieux et décalé, on se souvient que le chanteur d'origine caribéenne avait rencontré un franc succès avec sa soul française. Cette fois, il a choisi de s'attaquer au répertoire d'un véritable monument !
Accompagné par un efficace combo de musiciens, le "Black Moon Band" (platines, guitares électriques, batteries, cuivres...), il évite le piège d'une relecture scolaire pour nous emmener sur des territoires inexplorés par le légendaire crooner américain.
De "My Way" à "I've got you under my skin" en passant par "Fly me to the moon" ou  "New York New York",  c'est tout un florilège de tubes incontournables qui flirtent ici avec le reggae, le blues, la soul, le funk-jazz ou le trip-hop.
Le résultat est d'autant plus saisissant que Ben l'Oncle Soul insuffle un incroyable groove à chacune de ses interprétations.
Au passage, l'artiste a remisé le look un brin rétro de ses débuts (noeud pap', costume et petit chapeau rigolo) pour endosser une tenue plus tendance: lunettes sombres, jean déchiré et blouson lamé.
Avec les années, le timbre a gagné en intensité et en profondeur. Et il faut avouer que ce show, qui tisse de solides passerelles entre les époques et les styles, est à la hauteur du challenge.
Les plus jeunes, nombreux dans la salle, ont ainsi découvert des chansons qui ne figuraient pas forcément dans leur iPod. Quant aux "anciens", les premiers instants de surprise envolés, ils ont manifestement apprécié ce vibrant hommage à celui que l'on surnommait "The Voice".

Album "Under My Skin" (Blue Note/Universal)
Dernières dates de la tournée en France: le 15 février 2018 au Centre Culturel de Provins (77), le 16 février au Centre Culturel Juliette Drouet à Fougères (35), le 17 février au Théâtre de Thalie à Montaigu (85) et le 6 mars au Théâtre Paul Eluard de Bezons.

9 févr. 2018

Slimane "Solune"

"Je me souviens des premiers refrains avec ma putain de voix cassée..." raconte Slimane dans "Solune" le rap qui ouvre l'album du même nom. Des souvenirs exprimés avec ce timbre grave et saisissant, qui lui avait permis de remporter la 5ème édition de l'émission "The Voice". La puissance de ses interprétations, sa manière de s'approprier et de nous faire aimer des titres que nous avions parfois écoutés d'une oreille indifférente, révélaient un artiste à part entière, capable d'imposer sa "griffe", quel que soit le répertoire. Dans la foulée, il avait sorti "A bout de rêves" (le 2 décembre 2016), vendu à plus de 200 000 exemplaires (double platine).
Son second opus dont le nom est une contraction de soleil et de lune, toujours introspectif, aborde aussi des thèmes de société comme les réfugiés ("Petit pays") ou les femmes victimes de violences ("Quand je serai grand"). A la fois lumineux et mélancolique, il confirme la profonde humanité d'un jeune mec de banlieue qui a écumé les petites salles et les bars, durant une dizaine d'années, avant de connaître le succès. Des années de galères qu'il n'a pas oubliées. Les potes des débuts non plus, "ceux qui ont essuyé ses pleurs et enterré ses chagrins", auxquels il rend hommage dans "Les amis".
Seize chansons habillées de pop, de sonorités orientales, de couleurs plus urbaines ou de rythmes dansants comme "Viens on s'aime", enregistrées avec la complicité d'invités tels que Camille Lellouche, Boostee, Mood et J.A.T. (Just Another Trio).
Un disque encore plus exigeant et abouti que le précédent (on passera sur les rimes un peu faciles de "Papa Héros") dont on retiendra notamment la reprise de "La chanson des vieux amants" de Brel,  "Petit Pays", le bouleversant "Je veux être vieux" ou encore "Au-delà", un titre dans lequel la voix de Slimane s'élève avec une belle intensité pour évoquer "les voyages qu'il reste à faire"...

Album "Solune" (ULM/Mercury/Universal), sorti le 26 janvier 2018.  

Grand Corps Malade sort son "Plan B"

Après "Il nous restera ça" et le succès l'an dernier du film "Patients", une adaptation de son roman autobiographique (co-réalisée avec Mehdi Idir), qui a attiré plus d'un million de spectateurs dans les salles, Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade revient à la musique et au slam avec "Plan B" qui sort officiellement le 16 février prochain. Un sixième album studio qu'il évoquera avec son public, à l'occasion d'une rencontre à la Fnac Ternes, le samedi 17 février à 14 heures.  Entrée libre, dans la limite des places disponibles.
Prochains rendez-vous sur scène à Paris, le 7 mars au Trianon et les 6 et 7 décembre 2018, salle Pleyel.

26/30, avenue des Ternes
75017 Paris

8 févr. 2018

"Moustache Academy": un show drôle et percutant

(c) Stella K
 D'entrée de jeu, le trio donne le ton d'un spectacle qui se veut à la fois ludique et porteur de messages.
Une sorte de manuel du savoir-vivre ... ensemble !
Mais un manuel rigolo, percutant et musical à destination des plus jeunes. Rien à voir avec un cours ennuyeux et moralisateur puisque les joyeux complices s'expriment en rap et ne lésinent pas sur les loufoqueries en tous genres pour rappeler, s'il en était besoin, qu'il s'agit avant tout d'un divertissement.
Les plus grands se remémoreront les batailles à la cantine, les joies et les angoisses de la rentrée des classes, les rêves de devenir princesse ou Batman, les rivalités pour prendre la place du chouchou auprès de la maîtresse... Mais au-delà de la franche rigolade, "Moustache Academy" (un spectacle sous-titré "Back To School !") parle aussi de la tolérance, des chagrins d'amour, des conflits à la maison, d'écologie, de l'acceptation de l'autre et de ses différences.
(c) Stella K
Derrière les moustaches de cette drôle d'Academy se cachent Astien Bosche, Mathurin Meslay (les auteurs, sur des musiques de Jonathan Oberlander) et Ed Wood.
Avec leurs baskets colorées, ils ont déjà écumé les scènes du Théâtre du Rond-Point, des Trois Baudets, du Gymnase, de l'Européen ou du Festival d'Avignon avec "Le Grandiloquent Moustache Poésie Club".
Il n'y a évidemment rien de grandiloquent ni de paternaliste dans leur démarche mais plutôt une approche tendre, bourrée d'humour et d'intelligence pour lutter contre les clichés et évoquer le quotidien de certains gamins.
Des gamins difficiles à berner lorsqu'il s'agit de capter leur attention. Et à voir leurs bouilles réjouies, la spontanéité de leurs réactions et de leurs applaudissements, on se dit que le pari est gagné haut la capuche !

Jusqu'au 8 avril 2018, les dimanches à 15h30 (sauf le 25 février), au Grand Point Virgule, 8 bis, rue de l'Arrivée, 75015 Paris. Places à 20 € et 15 € (tarif réduit). Offre pack "famille" sur le site.
Infos au 01.42.78.67.03 et billetterie sur http://www.legrandpointvirgule.com/