23 févr. 2017

Goguettes en trio : une vivifiante impertinence

D.R.
Avant d'entrer dans le vif du sujet, ils décodent leur nom de scène en expliquant qu'une goguette est une parodie, sur une chanson connue, pour parler de l'actualité.
Et, histoire que tout soit bien limpide pour le public, il s'agit d'un trio à quatre ! Car Clémence Monnier qui accompagne Stan, Aurélien Merle et Valentin Vander, est loin de compter pour des prunes ! Pianiste de formation classique, elle donne une touche glamour à ce spectacle (mis en scène par Yéshé Henneguelle) qui s'inscrit dans la tradition des chansonniers.
 A l'instar de la plupart de leurs aînés, ces mousquetaires pourfendent avec la même inspiration, à droite, à gauche, sans négliger les extrêmes. Et ils font mouche à tous les coups en provoquant des rires salvateurs.
Des déboires de Pénélope Fillon évoqués sur la mélodie de "Femme Libérée" (de Cookie Dingler) à "Syracuse" transformé en "Chirac s'use", en passant par l'imitation de Jean-Luc Mélenchon, accompagnée par la musique de "Comme d'habitude" ou encore "Sur la plage ensoleillée" devenue "Sur la place islamisée"... ils puisent à l'envi dans l'actualité sociale et politique. Et la manne est inépuisable. Tout comme l'énergie qu'ils déploient sur scène.
Irrévérencieux mais jamais méchants, engagés mais dégagés de toute étiquette, allant même jusqu'à s'auto-flageller avec une désopilante chanson sur les bobos, ces joyeux complices affichent sans équivoque leur programme: l'humour libre.

Jusqu'au 13 juin 2017, les mardis à 19h45, au Théâtre Trévise, 14, rue de Trévise, 75009 Paris. www.theatre-trevise.com. Réservations SRC Spectacles au 01.48.65.97.90. www.srcspectacles.com 


21 févr. 2017

"31", une comédie musicale drôle et émouvante

(c) Anthony Klein
"31, une comédie musicale sur le temps qui passe, le Japon, Pocahontas et le saut à l'élastique...",  annonce le résumé de ce spectacle de Gaétan Borg et Stéphane Laporte. On pourrait ajouter qu'il parle aussi, avec justesse, du difficile passage à l'âge adulte, de l'acception de soi (et des autres !), de l'homosexualité, du sida...
Pourquoi ce titre ? Tout simplement parce qu'il marque la date à laquelle Stéphane, Victoire, Anthony et Ruben se retrouvent rituellement pour célébrer le nouvel an. L'histoire débute le 31 décembre 1999. La tension est palpable. Rien à voir avec le grand bug annoncé mais plutôt avec les frustrations et les non-dits qui se sont accumulés au fil des années. Évoluant dans le décor simple et ingénieux, imaginé par Grégoire Lemoine, servis par la subtile mise en scène de Virginie Lemoine, Carole Deffit, Valérie Zaccomer, Alexandre Faitrouni et Fabian Richard remontent ainsi le temps jusqu'au 31 décembre 1979. Un compte à rebours ponctué de souvenirs, d'objets disparus (le franc, le minitel...) de photos et d'une dizaine de chansons, accompagnées au piano par Stéphane Corbin (le compositeur).
Au fil de tableaux cocasses comme celui du jacuzzi ou du train fantôme, de textes poignants, notamment celui de la chanson "Sous quel arc-en-ciel", de tendres moments complices et de disputes mémorables, on entre totalement dans le jeu de ces talentueux acteurs et chanteurs. Seul petit bémol, peut-être, des mélodies qui mériteraient parfois d'être plus enlevées pour donner à "31" un petit air de comédie musicale of Broadway.

Jusqu'au 30 juillet 2017, du mardi au samedi à 21 h, le dimanche à 16 h, au Studio des Champs-Elysées, 15, avenue Montaigne, 75008 Paris. 
Tél.: 01.53.23.99.19. http://www.comediedeschampselysees.com/

19 févr. 2017

Rag'n' Bone Man: "Human"

Gardons-nous des raccourcis ! En découvrant sa photo sur la pochette de l'album "Human", on l'imagine volontiers chevauchant une Harley, sur la route 66, en écoutant Black Sabbath ou Iron Maiden.
Alors que Rory Graham (son vrai nom) a vu le jour à Uckfield (en Angleterre), bercé par les disques de reggae, de jazz et de blues qui tournaient sur la platine de ses parents. Il n'y a pas si longtemps, il travaillait encore comme aide-soignant auprès de patients atteints d'autisme. Voilà pour les idées toutes faites...
Il suffit d'écouter le premier morceau qui donne son titre à l'opus pour être immédiatement happé par son timbre rauque et puissant, ses accents soul et blues, mâtinés de gospel et de hip hop. Et ces mots qui reviennent comme une profession de foi: "Cos I'm only human after all, don't put the blame on me...". 
Humain, Rag'n'Bone Man l'est assurément et on ne le blâmera pas d'être aussi très généreux. Ce premier album (après 3 EP) compte en effet pas moins de 19 titres (dont 7 bonus tracks). Du crooner d'"Innocent Man" aux sonorités gospel de la superbe chanson d'amour "Skin", en passant par "Bitter End" où sa tessiture vocale s'épanouit aussi bien dans les graves que dans les aigus, il nous emporte ensuite au gré de ballades comme "Love you any less", "Odetta" ou "Grace"... jusqu'au poignant "Easy", interprété a cappella. Déjà numéro 1 du classement iTunes dans 25 pays, "Human" est l'un des albums les plus percutants et touchants de ce début d'année. A l'image de ce colosse impressionnant.  "La voix d'une légende blues" peut-on lire dans The Guardian. Une légende qui n'a écrit que le premier chapitre de son histoire... On se consolera donc en apprenant que son concert le 27 mars prochain, à l'Elysée-Montmartre, affiche d'ores et déjà complet.

"Human" (Best Laid Plans/Columbia/Sony Music). Disponible depuis le 10 février 2017.

17 févr. 2017

Michaël Hirsch: la musique des mots

(c) Fabienne Rappeneau
Il a étudié l'art dramatique à l'école de Jean-Laurent Cochet, joué dans "Votre maman" de Jean-Claude Grumberg avant de se lancer dans l'écriture de  "Pourquoi ?", mis en scène par Ivan Calbérac.
"Le funambule ne sait jamais s'il y a quelqu'un au bout du fil" confie ce jongleur de mots qui a pourtant déjà séduit le public du Théâtre des Déchargeurs, du festival off d'Avignon et du Studio Hébertot.
Pas question évidemment de parler de "one-man-show" pour évoquer le spectacle de cet amoureux de la langue française. Seul en scène, donc, cet humoriste aux allures d'éternel adolescent s'interroge sur les difficultés de trouver l'amour, le sommeil ou sa vocation. La sienne est toute trouvée : s'amuser avec les homonymies, les calembours, les jeux de mots...
On sourit souvent, on rit parfois car Michaël ne cède jamais à la vulgarité ou la rigolade à tout prix. Tout juste s'il ne s'excuse pas, avec une mimique malicieuse, lorsque la rime semble un peu moins riche. Durant une heure qui passe bien trop vite, il nous régale ainsi d'une ode à l'homme couché, récite un poème à la gloire du mille-pattes, prend la voix d'un enfant pour demander pourquoi chacun n'aurait pas droit à son propre dieu, se lance dans une imitation réussie de Fabrice Luchini... Avec ce doux rêveur, le verbe est alerte, subtil, poétique, avec ici et là, des accents humanistes. On ne s'étonnera pas de découvrir dans sa biographie qu'il a grandi en se nourrissant de textes de Raymond Devos, Pierre Desproges, Alphonse Allais ou encore Jules Renard.
Michaël Hirsch ou "le plaisir de rompre" avec l'humour facile...

Jusqu'au 2 avril 2017, du mercredi au samedi à 21 h 30 et le dimanche à 20 h, au Lucernaire, 53, rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris.Tél.: 01.45.44.57.34. http://www.lucernaire.fr/
Et, cet été, au Théâtre du Roi René à Avignon.

16 févr. 2017

Jamaica Jamaica !

Après les années Punk, David Bowie, la rencontre entre Matthieu Chedid et Martin Parr... la Cité de la Musique s'intéresse cette fois à une île du Pacifique, guère plus grande que la Corse, qui a pourtant donné naissance à l'un des courants musicaux les plus importants de la seconde moitié du XXème siècle.
Baptisée "Jamaica Jamaica !", l'exposition se déroulera autour de thèmes comme les héritages de l'esclavage, le ska, l'industrie du disque, les sound systems, les figures historiques incarnées par l'empereur Haïlé Sélassié et l'activiste Marcus Garvey, Bob Marley et les Wailers et enfin un tour d'horizon de la musique jamaïcaine après la mort de son emblématique ambassadeur, en 1981.
Des concerts, des projections, des conférences, un spectacle jeune public avec le trio féminin Natty Princess, une session de répétition pour les musiciens amateurs... seront également proposés autour de l'exposition.

Du 4 avril au 13 août 2017, du mardi au jeudi de 12 h à 18 h, le vendredi de 12 h à 22 h, samedi et dimanche de 10 h à 20 h, (dès 10 heures durant les vacances scolaires printemps et été), à la Cité de la Musique - Philharmonie de Paris, 221, avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris. 
Tél.: 01.44.84.44.84. Infos sur http://www.philharmoniedeparis.fr/

15 févr. 2017

Saturday Night Fever: Fauve mène la danse

(c) Dominique Jacovides/Bertimage
Quarante ans après la sortie du film culte de John Badham, avec John Travolta, "Saturday Night Fever" débarque à Paris., en version spectacle musical. Pour l'occasion, le Palais des Sports s'est métamorphosé en dance-floor, avec boule à facettes, costumes pailletés et bien sûr les tubes imparables des Bee Gees: "Stayin' Alive", "Night Fever", "You should be dancing", "How deep is your love", More than a woman"... 
On connaît l'histoire: Tony Manero, employé dans le magasin de peintures d'un quartier de Brooklyn, brille, le samedi soir, à l'Odyssée 2001. Une discothèque branchée où il tombe sous le charme de Stéphanie. Il lui propose alors de participer avec lui à un concours de danse. Une passion commune qui débouchera sur une improbable histoire d'amour..
Une fois n'est pas coutume, le duo vedette ne chante pas. Il faut dire que le rythme endiablé des chorégraphies de Malik Le Nost ne permet pas vraiment d'économiser son souffle ! Qu'importe, puisqu'un excellent trio (Nevedya, Stephan Rizon et Flo Malley) prend heureusement la relève. Un spectacle, mis en scène par Stéphane Jarny (directeur artistique) et présenté par le talentueux Gwendal Marimoutou, dans le rôle du DJ Monty.  Quant à la scénographie, elle est du québécois Stéphane Roy, distingué pour ses réalisations au sein du Cirque du Soleil.
(c) Dominique Jacovides/Bestimage
Mais revenons sur la piste... Bien connue des spectateurs de l'émission "Danse avec les stars", la flamboyante Fauve Hautot (Stéphanie) mène la danse de bout en bout avec un charisme et un savoir-faire impressionnants. Au point d'éclipser son partenaire Nicolas Archambault (Tony). Car, même si ses déhanchements (et sa plastique) sont suggestifs, le danseur demeure un peu en retrait et son jeu de comédien laisse à désirer. D'autant qu'il n'est pas forcément servi par des dialogues percutants ! Des dialogues dont le mérite est tout de même d'aborder, sans langue de bois, des sujets comme l'avortement, l'alcool et le sexe.
Outre la belle énergie de la troupe de danseurs, on retiendra également les décors, les costumes ou encore Fanny Fourquez, dans le personnage d'Annette, l'amoureuse éconduite.
"Saturday Night Fever" est avant tout un show à la gloire de la danse, des années 70 et des chansons des Bee Gees. Et il suffit de voir l'enthousiasme du public pour réaliser que le courant disco n'a pas fini de faire monter la fièvre...

Jusqu'au 30 avril 2017, jeudi et vendredi à 20 h, samedi à 15 h et 20 h 30 et dimanche à 15 h et 20 h, au Dôme de Paris-Palais des Sports, 34, bd Victor, 75015 Paris. Prix: de 31 à 89 €. Loc. au 0 825 038 039 et points de vente habituels. http://www.palaisdessports.com/
En tournée à partir du 13 mai 1917 (Lille, Dijon, Genève, Toulouse, Marseille, Lyon, Bruxelles, Bordeaux...)

13 févr. 2017

L'imaginaire débridé de Klô Pelgag

(c) Eienne Dufresne
Assister à un concert de Klô Pelgag c'est un peu comme franchir un monde parallèle. Un monde peuplé de savants fous, d'oiseaux qui convolent en justes noces, de chimères, de rêves étranges et pénétrants...
On peut se laisser emporter ou rester prudemment en marge des turbulences annoncées. Mais ce serait franchement dommage car la demoiselle fait souffler un vent aussi créatif que vivifiant sur la planète de la chanson francophone. Trois ans après après "L'Alchimie des Monstres", un premier album couronné de prix (Révélation de l'année au Gala de l'ADISQ, l'équivalent québécois de nos Victoires, Prix Barbara, Prix de la francophonie de l'Académie Charles Cros...), elle nous revient avec "L'Etoile Thoracique".
Des chansons qu'elle présentait il y a quelques jours au Café de la Danse. En combinaison noire, recouverte d'accessoires hétéroclites: une part de pizza, un os en peluche, une fusée ou des ailes portant le sigle de Metallica, Chloé Pelletier-Gagnon (son vrai nom) a fait salle comble. Un public séduit par le timbre clair, aux accents parfois lyriques de la chanteuse, ses textes poétiques et originaux, ses mélodies pop, rock, électro et un univers que certains qualifient déjà de "pelgagien" !
Accompagnée de cinq musiciens, dont un trio féminin à cordes, Klô donne le ton en attaquant avec "Insomnie", avant de nous emmener "Au Musée Grévin", de nous révéler "Le sexe des étoiles" ou de nous émouvoir avec "Samedi soir à la violence".
Des chansons qu'elle émaille de récits loufoques sur la co-écriture avec Robert de Niro d'une chanson parlant de Star Wars et de Pierre et Marie Curie ou de la frénésie érotique qui menace de saisir la salle lorsqu'elle s'adonne à la chanson d'amour.
A l'évidence, l'artiste imagine la scène comme un terrain de jeu, une cour de récré un brin dissipée. Où les marelles dessinées sur le sol commencent par le ciel.
Klô Pelgag, une étoile à suivre,..

"L'Etoile Thoracique" (Zamora Label/Coyote Records), disponible depuis le 3 février 2017.